




Si vous parcourez LinkedIn après une opération de contrôle couronnée de succès, vous verrez souvent la même image : des rangées de contrefaçons empilées sur le sol d'un entrepôt, des machines saisies, des agents des autorités debout à côté des produits confisqués.
C'est une image forte. Mais elle ne raconte que le dernier chapitre de l'histoire.
Bien avant l'arrivée des autorités sur place, les enquêteurs ont passé des semaines – voire souvent des mois – à rassembler des renseignements qui permettent de transformer une simple annonce suspecte en une opération de contrôle coordonnée. Chaque annonce analysée sur les plateformes de vente en ligne, chaque conversation secrète, chaque achat test, chaque relevé d'expédition et chaque piste financière contribuent à brosser un tableau bien plus large.
Pour les titulaires de droits, cette distinction est importante.
Les activités de contrefaçon ont largement dépassé le stade des vendeurs individuels proposant des produits sur des plateformes de vente en ligne.
Les réseaux actuels s'étendent sur plusieurs canaux numériques, sociétés écrans, prestataires logistiques, entrepôts et fabricants répartis dans plusieurs juridictions. Le retrait d'une annonce peut permettre de remédier au problème immédiat, mais pour démanteler le réseau, il faut en comprendre le fonctionnement.
Une application efficace de la loi ne commence pas par une descente de police. Elle commence par le renseignement.

Les réseaux contrefaits sont conçus pour rester cachés
L'une des plus grandes idées reçues concernant la contrefaçon est que les enquêteurs s'attaquent aux vendeurs individuels.
En réalité, les faussaires expérimentés opèrent rarement via un seul compte ou une seule plateforme de vente en ligne. Ils mettent délibérément en place des réseaux résilients, conçus pour résister aux mesures de répression.
Une seule entreprise peut gérer plusieurs boutiques en ligne sur des places de marché, faire de la publicité sur les réseaux sociaux, communiquer avec les acheteurs via des plateformes de messagerie cryptées, traiter les paiements par l'intermédiaire de différentes entités financières et expédier les commandes depuis des entrepôts opérant sous des noms d'entreprise totalement distincts.
Chaque élément semble fonctionner de manière indépendante. Mais, ensemble, ils forment une structure commerciale sophistiquée.
C'est pourquoi le retrait d'une annonce ne change que rarement la donne. Un autre compte apparaît. Un nouveau nom de vendeur fait son apparition. Les produits continuent de se vendre.
Le véritable objectif n'est pas d'identifier un seul vendeur, mais d'identifier toutes les personnes liées à ce vendeur.

Toute enquête commence par un seul indice numérique
Presque toutes les mesures coercitives hors ligne trouvent leur origine en ligne.
Il peut s'agir d'un vendeur en ligne dont le volume de ventes est exceptionnellement élevé. D'un compte sur les réseaux sociaux faisant la promotion de produits de luxe contrefaits. D'un grossiste B2B proposant des produits de marque à des prix impossibles. Ou encore de plusieurs boutiques en ligne apparemment sans lien entre elles, mais utilisant des photos de produits identiques.
Pris isolément, ces signaux ne révèlent pas grand-chose. Pris dans leur ensemble, ils commencent à faire apparaître des tendances.
Les enquêteurs analysent l'activité sur les places de marché, l'historique des annonces, les modes de paiement, les enregistrements de noms de domaine, le comportement des vendeurs et l'infrastructure numérique afin de déterminer si un compte correspond à un contrefacteur isolé ou à un réseau beaucoup plus vaste.
De plus en plus souvent, la réponse est la seconde. Ce qui semble être plusieurs vendeurs indépendants s'avère souvent être une seule et même organisation exploitant plusieurs boutiques en ligne afin de réduire les risques et d'accroître sa résilience. Ces renseignements permettent de déterminer si une cible est simplement un autre vendeur en ligne, ou bien la partie visible d'un réseau bien plus vaste.

L'intelligence ne s'arrête pas à l'écran
L'intelligence numérique donne le cap, tandis que l'intelligence hors ligne apporte les preuves.
Dès que les enquêteurs ont identifié une cible prioritaire, l'enquête entre dans une nouvelle phase.
Plutôt que de passer immédiatement à la phase de contrôle, les enquêteurs commencent par vérifier la validité de leurs hypothèses grâce à une approche soigneusement planifiée.
Achats tests
Les achats tests constituent l'un des outils d'enquête les plus précieux qui soient.
Elles permettent de confirmer l'authenticité des produits, d'établir des preuves documentées de contrefaçon et, surtout, d'ouvrir des possibilités de collecte de renseignements qui ne sont tout simplement pas accessibles par le biais de recherches en open source.
- Une conversation sur les expéditions peut révéler l'emplacement d'un entrepôt
- Une demande d'échange de marchandises peut révéler la véritable adresse de retour, plutôt que celle du centre de distribution indiquée sur l'étiquette d'expédition.
- Une demande de paiement peut exposer des entités financières liées à plusieurs points de vente
Chaque interaction vise à répondre à une autre question. Non pas « peut-on acheter ce produit contrefait ? », mais « qui se cache réellement derrière cette opération ? ».
Suivre la piste de l'argent mène souvent à des résultats inattendus
L'un des moments les plus révélateurs d'une enquête n'est pas la découverte d'un entrepôt. C'est celle d'une entreprise. En particulier, d'une entreprise enregistrée à Hong Kong.
Pour de nombreux réseaux sophistiqués de contrefaçon, Hong Kong représente bien plus qu'une simple adresse postale. Son cadre juridique, son infrastructure financière et sa position de plaque tournante logistique internationale en font une passerelle attrayante entre l'industrie manufacturière de la Chine continentale et le commerce mondial.
La question de Hong Kong
Plutôt que d'exporter directement depuis les sites de production, les réseaux créent souvent des sociétés à Hong Kong pour gérer les paiements, la logistique et les transactions internationales, tout en dissociant les activités des usines des acheteurs étrangers.
Pour un observateur extérieur, la société de Hong Kong semble être l'entreprise elle-même. Pour les enquêteurs, elle marque souvent le point de départ de l'enquête.
Les registres, notamment les actes constitutifs des sociétés et les informations sur les bénéficiaires effectifs, peuvent révéler l'identité des administrateurs, leurs adresses personnelles et les liens entre entreprises qui relient des sociétés apparemment indépendantes les unes aux autres. Associées aux registres d'expédition, aux données sur les paiements et aux informations issues des places de marché, ces connexions peuvent, à terme, permettre aux enquêteurs de remonter jusqu'aux sites de production situés en Chine continentale.
Ce qui semble au premier abord n'être qu'un simple vendeur en ligne se révèle en réalité être un réseau interconnecté d'entreprises, d'entrepôts et de fournisseurs opérant dans plusieurs juridictions. T
Cette annonce de contrefaçon n'était pas l'opération en soi. Ce n'était qu'un point d'entrée.

Le saviez-vous ?
Les entités de Hong Kong sont souvent utilisées comme intermédiaires financiers et logistiques entre les activités de production et les marchés internationaux, ce qui fait des registres du commerce une ressource importante pour les enquêtes.
Constituer les éléments de preuve dont les autorités ont besoin
L'idée fausse la plus répandue concernant la lutte contre la contrefaçon est peut-être que les autorités se contentent de réagir aux signalements de produits contrefaits. En réalité, les services chargés de la lutte contre la contrefaçon ont besoin de bien plus que de simples soupçons.
Les enquêteurs doivent présenter des éléments de preuve permettant d'identifier clairement les auteurs des infractions, de démontrer l'ampleur de leurs activités et d'établir des liens entre leurs agissements en ligne et leurs opérations sur le terrain.
Selon la juridiction, cela peut inclure :
- Historique des transactions
- Communications
- Identités vérifiées
- Emplacements des entrepôts
- Renseignement financier
- Authentification du produit
- Preuves d'une activité commerciale organisée
Les autorités appliquent également différents seuils juridiques avant de pouvoir engager une procédure administrative ou pénale.
Chaque conversation, chaque paiement, chaque envoi et chaque document vient enrichir un dossier de preuves destiné à répondre aux questions que les autorités poseront avant de mobiliser des ressources opérationnelles.
Ce n’est que lorsque ces critères sont remplis que l’intervention des forces de l’ordre devient possible.
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Un raid n'est jamais un début

Lorsque les autorités finissent par pénétrer dans un entrepôt, l'enquête a déjà abouti.
Le lieu a été identifié. Le réseau a été cartographié. Les liens financiers ont été établis. Les éléments de preuve ont été vérifiés.
Cette descente n'est que la concrétisation opérationnelle de plusieurs mois d'enquête. Cependant, dans de nombreux cas, ce n'est pas la fin de l'histoire.
Les registres d'entrepôt, les documents financiers, les équipements de production, les bases de données clients et les informations logistiques fournissent souvent de nouveaux éléments d'information qui conduisent les enquêteurs vers d'autres fabricants, distributeurs et vendeurs.
Une mesure coercitive couronnée de succès constitue souvent le point de départ de l'enquête suivante.
C'est grâce au renseignement que l'application de la loi est possible
Les images de marchandises contrefaites saisies constituent peut-être le résultat le plus visible de la protection des marques, mais elles ne représentent qu'une infime partie du travail que cela implique.
Derrière chaque opération réussie se cachent des mois de renseignement numérique, d’enquêtes sur le terrain, de collaboration transfrontalière et de collecte de preuves. L’objectif n’est pas simplement de retirer les produits contrefaits du marché, mais de comprendre les réseaux qui les rendent possibles et de fournir aux autorités les renseignements nécessaires pour prendre des mesures efficaces.
À mesure que les opérations de contrefaçon gagnent en sophistication, les organisations qui se contentent d'une approche réactive en matière de lutte contre la contrefaçon auront toujours un temps de retard.
Les marques qui ont le plus d'impact sont celles qui misent avant tout sur le renseignement. En effet, une application efficace de la loi ne commence pas lorsque les autorités interviennent. Elle commence dès l'instant où les enquêteurs se posent les bonnes questions.
Cette saisie fera peut-être la une des journaux. Mais le travail de renseignement qui l'a rendue possible, lui, ne fera pas la une.
Grâce à des enquêtes menées dans 119 pays, Corsearch aide les marques à mettre au jour des réseaux clandestins, à identifier les principaux acteurs et à rassembler des preuves permettant de faire appliquer la loi.
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